« Nous, on n’a pas d’immunité ouvrière » : Poutou et Arthaud à l’offensive sur les affaires




Etrange omerta que ce silence persistant sur les affaires, dont une accablante litanie rythme pourtant la campagne présidentielle depuis des semaines. Lors du premier débat télévisé, qui avait réuni les cinq « principaux » candidats sur TF1, le 20 mars, Jean-Luc Mélenchon avait été le seul à briser le non-dit régnant sur le plateau, moquant les « pudeurs de gazelle » des journalistes qui venaient d’évoquer, sans plus de précision, le « climat des affaires ». 



« Ici, il n’y a que deux personnes qui sont concernées : M. Fillon et Mme Le Pen. Nous n’avons rien à voir avec tout ça. Alors, s’il vous plaît, ne nous mettez pas dans le même sac », avait souligné le candidat de La France insoumise.



S’il n’a assurément pas contribué à clarifier les positions des uns et des autres, le deuxième débat élargi aux onze candidats aura au moins permis aux téléspectateurs d’entendre des mots nettement plus clairs à ce sujet. On les doit à certains de ces « petits » candidats, ces recalés du 20 mars, généralement ignorés, souvent moqués, parfois méprisés lorsqu’ils accèdent à l’antenne à une heure tardive. Un statut peu enviable, mais qu’ils ont retourné à leur profit, mardi 4 avril, en faisant preuve d’une singulière – et salutaire – liberté de style et de paroles. Dans ce registre, Philippe Poutou s’est montré particulièrement efficace.

« Travail normal »


En refusant de poser pour la photo de groupe, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a marqué d’emblée sa différence. « Je suis ouvrier à l’usine Ford, à Bordeaux. A part Nathalie Arthaud [candidate de Lutte ouvrière], je crois que je suis le seul à avoir un travail normal », a-t-il indiqué au moment de se présenter. Lorsque fut abordée la question de « l’exemplarité en politique », c’est ce « petit » candidat en polo, comme égaré au milieu d’une flopée de costume-cravate, qui a rhabillé pour l’hiver certains de ses adversaires. 

En mode (très) direct : « Depuis janvier, c’est le régal. Fillon, que des histoires. Plus on fouille et plus on sent la corruption et la triche. (…) On a aussi Marine Le Pen, pareil, on pique dans les caisses publiques et le FN, qui est antisystème, ne s’emmerde pas car se protège grâce à l’immunité parlementaire, donc peinard. »

Marine Le Pen et François Fillon – ce dernier marmonnant « Je vais vous foutre un procès, vous » – ont tenté de l’interrompre. Mais le candidat du NPA a poursuivi sur sa lancée, jusqu’à ce « scud » qui fera date : « Nous, quand on est convoqué par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière. » 

Pour la présidente du FN, qui use de son immunité parlementaire pour refuser de se rendre à toute convocation policière ou judiciaire, le coup – salué par des applaudissements nourris dans le public –, était rude. Et à double tranchant : côté pile, les affaires ; et surtout, côté face, la remise en cause d’une candidate qui se veut la porte-parole des « oubliés ».



Mme Arthaud a pris le relais, en s’en prenant au candidat de la droite. « Quand on est élu, on a plus de devoirs que les autres et on ne devrait pas avoir tous ces privilèges et ces passe-droits, a-t-elle souligné. Quand on entend M. Fillon s’en prendre aux privilèges des cheminots quand lui-même s’accorde des… on va dire des largesses, ça choque.

 Je ne trouve pas ça normal. Quand on est travailleur, qu’on est ouvrier, qu’on est au chômage, des comptes, on en rend tous les jours. (…) Quand on est au RSA, là aussi, il y a des contrôleurs qui viennent. Et dans une entreprise, la caissière qui récupère un bon d’achat, elle est licenciée. » « Vous avez admis des erreurs, mais pour moins que ça, les gens sont mis à la porte », a-t-elle conclu en s’adressant directement à M. Fillon.

Fin de non-recevoir


Faute d’avoir été relayés par de plus « grands » candidats, ces quelques rappels à la réalité n’ont pas suffi à déstabiliser l’ancien premier ministre. 

Mis en examen, notamment pour détournement de fonds publics, M. Fillon a pu filer une anaphore un brin surréaliste : « Moi, président exemplaire… » Après une brève relance de l’une des journalistes, le candidat LR a opposé une fin de non-recevoir : « Je refuse de répondre aux journalistes qui, pendant deux mois et demi, ont fait mon procès. On a voulu me faire taire, on a voulu m’éliminer, je suis toujours là, personne ne viendra m’intimider. 

Ce sont les Français qui porteront un jugement dans un peu moins de trois semaines. »

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